L’envie de tatouer ne se décrète pas, elle s’éprouve dans la durée. Avant d’attraper une machine à tatouer, il faut franchir un parcours semé d’apprentissages, de rencontres et de remises en question. Préparez un solide portfolio, formez-vous, et surtout, ne vous contentez pas d’imiter : montrez que vous avez quelque chose à apporter à l’univers du tatouage.
Le chemin ne se trace pas au hasard. Voici des conseils concrets pour traverser les étapes sans vous brûler les ailes.
Ce que les tatoueurs attendent d’un apprenti
Le talent, c’est bien. La passion, c’est mieux. Mais ce que recherchent avant tout les tatoueurs, c’est une implication sans faille. Dans un secteur où les vocations se multiplient, seuls ceux qui vivent tatouage matin et soir trouvent leur place. Les artistes confirmés croulent souvent sous les demandes et n’ont pas de temps à perdre avec des profils hésitants ou peu motivés. Si vous voulez percer, il faudra montrer que vous êtes prêt à vous investir, à travailler dur, et que ce choix n’est pas une lubie passagère.
Beaucoup d’ateliers n’ont tout simplement pas le temps de former un débutant. Si vous parvenez à décrocher une place, sachez que l’engagement doit être total, personne n’a envie de perdre son énergie avec quelqu’un qui ne tiendra pas la distance.
Se faire tatouer
Impossible de prétendre vouloir tatouer sans l’avoir vécu soi-même. Les artistes qui prennent des apprentis veulent voir des candidats investis dans la communauté et curieux du métier. Si vous n’avez jamais été tatoué, difficile de croire que vous vous intéressez vraiment à cet art. Passez sous l’aiguille, observez le travail du tatoueur, profitez-en pour poser des questions, comprendre leur parcours et saisir l’ambiance d’un studio.
Ce passage vous donne aussi l’occasion d’apprendre auprès de professionnels et de découvrir les coulisses d’un bon atelier. C’est le moment idéal pour discuter technique, hygiène, inspirations, ou simplement recueillir les conseils de ceux qui ont déjà franchi le cap.
L’apprentissage ne ressemble pas à une formation classique
Dans la plupart des métiers, on parle de diplômes, de modules à valider, de stages encadrés… Ici, rien de tout cela. Le terme « apprentissage du tatouage » existe, mais il ne s’agit pas d’un cursus balisé. Il n’y a ni diplôme officiel, ni certification à décrocher, ni programme rigide à suivre. L’entrée dans la profession repose presque uniquement sur votre capacité à convaincre un professionnel de vous transmettre son savoir.
Chaque parcours est unique. Le tatoueur qui accepte de vous former n’a aucune obligation contractuelle envers vous. L’accompagnement dépendra de sa disponibilité, de son envie de transmettre, et de la relation que vous saurez créer avec lui. Choisir un mentor, c’est essentiel : tous ne sont pas de bons pédagogues, prenez le temps de trouver celui ou celle qui vous correspond.
Préparez-vous à faire vos devoirs
Avant même de chercher un apprentissage, il faut se documenter. Prenez le temps de vous renseigner sur le secteur, les styles de tatouage, les studios, les artistes qui vous inspirent. Imaginez-vous en entretien : sachez argumenter votre démarche, expliquer ce qui vous attire dans le métier, et pourquoi vous souhaitez apprendre auprès de tel ou tel tatoueur. Renseignez-vous sur les habitudes du secteur, les tendances, les parcours d’autres apprentis, chaque détail compte.
Certains ateliers sont connus pour accueillir des apprentis. Commencez par leur rendre visite, discutez avec les artistes, montrez votre intérêt. Parfois, une simple conversation peut ouvrir des portes.
« J’ai toujours dessiné en grandissant et j’ai été fasciné par le tatouage. J’achetais des magazines spécialisés, j’étudiais les œuvres, je m’imprégnais de tout cet univers. »
Little Andy, Church, Redditch, Royaume-Uni, Préparez un portfolio solide
Le dessin reste le nerf de la guerre. Un portfolio étoffé vaut mieux qu’un long discours. Il ne s’agit pas de produire un CV traditionnel, mais de rassembler vos meilleures créations pour prouver votre potentiel. Variez les styles, montrez votre progression, soyez honnête sur vos inspirations.
Un portfolio n’a pas besoin d’être parfait, mais il doit refléter votre engagement et votre sérieux. Personne n’attend d’un apprenti la virtuosité d’un tatoueur confirmé, mais on veut voir une vraie démarche, une volonté de progresser et une curiosité pour des univers variés.
« Au début, j’ai présenté un portfolio rempli de dessins. Je suis allé le montrer dans un salon, et ça a marché ! »
Julian ‘Corpsepainter’ Siebert, Corpsepainter Tattoo, Munich, Allemagne. Préparez un book avec vos dessins sous pochette plastique, mettez-les en valeur, et n’hésitez pas à utiliser les réseaux sociaux comme vitrine numérique : Instagram, par exemple, peut devenir un excellent support pour exposer vos créations.
« Dessinez… dessinez beaucoup, et dans tous les styles. La concurrence est rude : un portfolio varié, avec des réalisations de qualité, vous démarquera et vous permettra de franchir la première étape. »
Alex Rattray, Empire Ink, Édimbourg, Écosse, Royaume-Uni, Sur la réglementation en France
Formation Hygiène et Assainissement. Pour exercer en France, tout tatoueur doit suivre une formation spécifique sur l’hygiène. Impossible d’y échapper : cette formation d’une durée minimale de 21 heures (généralement réparties sur 3 jours) coûte autour de 600€. Elle n’est pas requise avant l’apprentissage, mais la mentionner peut montrer votre sérieux lors d’une candidature.
De nombreux centres proposent cette formation, mais il vaut mieux privilégier ceux qui s’adressent aux tatoueurs, pierceurs et professionnels du maquillage permanent, comme Corpstech par exemple.
SNAT. Union Nationale des Tatoueurs. Créé en 2003 par deux artistes, ce syndicat défend les droits des tatoueurs et milite pour la reconnaissance du tatouage comme art à part entière. Le SNAT informe ses membres sur les évolutions législatives, répond à leurs questions et fédère près de 1500 adhérents. L’adhésion coûte 100€ la première année, puis 25€ par an. Rien d’obligatoire, mais rejoindre le SNAT peut s’avérer utile pour rester informé et échanger avec la profession.
Rencontrez les professionnels
Allez sur le terrain, poussez la porte des studios, engagez la conversation. Parler directement avec les tatoueurs vous permettra de savoir s’ils cherchent des apprentis ou s’ils connaissent un autre atelier prêt à former. Même si la réponse est négative, ce premier contact compte : il vous fait connaître, vous permet de tisser des liens et parfois de nouer de vraies amitiés dans le milieu.
Préférez la rencontre en face à face plutôt que le mail ou le message sur les réseaux. On se souvient davantage de quelqu’un qui prend la peine de se déplacer, c’est aussi une marque d’implication et de respect pour le métier.
Church, Redditch, Royaume-Uni, Ne tatouez jamais à la maison
L’idée de s’exercer sur des amis, chez soi, peut sembler tentante. C’est pourtant une erreur majeure. Non seulement c’est interdit, mais c’est aussi très mal vu par les professionnels. Se lancer sans encadrement ni formation est perçu comme un manque de respect pour la profession et, plus grave encore, met en danger la santé des clients.
Accepter de ne pas être rémunéré au départ
La plupart des apprentissages sont bénévoles. Il faut souvent enchaîner les tâches ingrates : préparer le café, nettoyer le matériel, répondre au téléphone. Si vous tenez bon malgré l’absence de rémunération, c’est un signe que vous êtes vraiment motivé, et cela ne passe pas inaperçu.
« J’ai commencé à être payé après un an. »
Sneaky-Mitch, Gold Room Tattoo, Leeds, Royaume-Uni.
Ne focalisez pas sur la question de l’argent. Lianne Moule, co-gérante d’Immortal Ink à Chelmsford, insiste : « Si vous restez humble, que vous appréciez chaque moment, que ce soit avec les clients ou en observant les artistes, l’aspect financier viendra tout naturellement. »
Restez curieux, absorbez tout
Un apprenti doit se comporter comme une éponge et assimiler les conseils, techniques et astuces transmis par les tatoueurs. L’apprentissage ne s’arrête jamais : même les artistes chevronnés continuent de se former et d’expérimenter. Soyez prêt à remettre en question vos acquis, à progresser sans cesse, à vous réinventer à chaque étape.
Le plus décisif dans cette aventure reste la ténacité. Les places sont rares, la concurrence féroce, mais ceux qui persévèrent finissent souvent par décrocher leur chance. Parfois, le déclic arrive au moment où on s’y attend le moins. Bonne route à celles et ceux qui choisiront de tracer leur voie dans l’encre et la peau.





